• Sho, calligraphes de Kyoto
Sho, calligraphes de Kyoto

Sho, calligraphes de Kyoto

Tanaka Shingai, maître en calligraphie, est Vice-Président de la Société des Calligraphes de Kyoto (Kyoto Shodo Renmei) qui, avec 600 membres, est l'un des principaux foyers de cet art. Né en 1942 à Tottori, petite ville portuaire sur la mer du Japon, diplômé de l'Université Doshiha de Kyoto, il a été disciple de Goshin Yasui. Il enseigne son art aux occidentaux à l'école Sho International, qu'il a fondée en 1984, et au Centre Culturel Italo-Asiatique de Milan, où il est invité depuis 1992. Il dirige à Kyoto le centre international d'exposition «Biten» et, en 1994, la mairie lui a confié la direction artistique des cérémonies du Xlle centenaire de la capitale impériale. La ville de Kyoto a décerné à Tanaka Shingai le prix Art et Culture en 2005. Benoît Rengade, né en 1968, diplômé de l'Essec, est cadre financier d'un groupe industriel français. Il a été chargé de mission au Consulat Général de France à Osaka, et a suivi, avec son épouse, l'enseignement de Tanaka Shingai. Extrait du livre : RAPPORT DES JAPONAIS À LEUR LANGUE L'une des observations les plus passionnantes que peut faire l'Occidental au Japon est de mesurer combien la langue peut influencer les comportements et dicter nombre de règles sociales. Il est aisé de remarquer que la plupart des Japonais fuient les conflits, esquivent toute agression, sont mal à l'aise face aux éclats de colère, n'expriment pas de reproches, voire se refusent à corriger les fautes de langue que peuvent commettre leurs amis étrangers. Un tel comportement ne correspond pas à notre tempérament latin, ce qui ne laisse pas de nous dérouter quelque peu. A l'incompréhension pure et simple : «ce n'est pourtant pas compliqué de dire les choses en face !» succède d'abord la résignation : «on va essayer de faire comme eux», avant d'admettre que toute comparaison entre les deux cultures n'a pas lieu d'être, qu'il n'y en a pas une «bonne», servant de référence, et une «inférieure» tenue de s'amender. Il n'est pas absurde de postuler qu'une des raisons de ces différences tient aux caractéristiques de chaque langue : à l'instar du Français, le Japonais a plusieurs degrés de politesse, qui reflètent l'extrême élaboration des relations sociales et la nécessité de marquer subtilement dans le langage la hiérarchie et les prérogatives de chacun. Cependant, la politesse ne s'exprime pas en Japonais de la même manière que dans notre langue, et cela peut nous surprendre. Ainsi, il y a trois mots pour désigner l'épouse, selon de qui elle l'est ; ou trois verbes signifiant «venir», l'un neutre, l'autre de déférence, le dernier de modestie. On peut également être surpris par la façon de refuser des Japonais : celle-ci est, à leur sens, tout aussi claire et dépourvue d'ambiguïté que la nôtre peut l'être, malgré l'idée reçue selon laquelle ils ne sauraient pas dire non. Mais, traduit littéralement, cela donne souvent «peut-être», «c'est un peu difficile», «je dois poser la question». A contrario, une amie japonaise a découvert, en apprenant le Français, le choc des mots, la vivacité des discussions et le plaisir de la polémique inimaginables dans sa langue natale. Etendons nos investigations aux structures de la langue. Sur le plan de la logique, le Français est une langue où les propositions s'enchaînent de manière déductive, où le propos s'appuie sur des arguments et s'achève sur une conclusion. Au contraire, point d'esprit de synthèse dans le discours japonais : la pensée est, ici, cumulative, la démonstration procède par petites touches successives, et de l'accumulation d'arguments qui ne s'enchaînent pas ressort une impression d'ensemble, un sentiment qui permet, s'il est partagé, de conclure de façon incontestable. Le mot «sentiment», ou kimochi, revient d'ailleurs souvent dans la conversation. Voir la suite

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