• Point de coté
Point de coté

Point de coté

Il court, Pierre, éperdument, à en perdre le souffle. On lui a dit qu'il est dangereux de courir à jeun, trop longtemps, sous le soleil. Alors il court à jeun, longtemps, sous le soleil... pour mourir. Mais il ne meurt pas, au contraire, son corps trop lourd s'affine, lui qui a un poids terrible à porter. Malgré lui, la vie continue de battre comme son coeur qui refuse de lâcher pendant l'effort. Un coeur qui fait ses choix et obéit à ses propres lois. Quand on ne croit plus à rien, tout peut arriver. Anne Percin est née en 1970. Professeur de français, elle vit en Saône et Loire. C'est son premier roman. Extrait du livre : Je sais déjà quand : le 1er août 2002. La date est fixée depuis longtemps. Ce ne sera pas un suicide, plutôt un règlement de comptes. Je pense souvent à ce projet, mais je n'en ai jamais parlé à personne. Je sais que les gens vont me juger, je connais d'avance leurs arguments, alors je ne dis rien. Je sais bien que l'adolescence «c'est trop génial, tout s'offre à nous», tralala. Je veux bien. Mais moi j'ai mal, j'ai tout le temps mal... C'est pas une tristesse pour rire. Chaque matin depuis sept ans, quand je me réveille, c'est comme les gens qui ont peur de s'endormir parce qu'ils font toujours le même cauchemar. Le cauchemar du canard. Il paraît qu'un canard à qui on vient de couper le cou peut parfois s'échapper des mains du fermier pour piquer un sprint dans la basse-cour. La tête dans le panier voit son corps marcher, tituber puis s'abattre. Bonjour l'horreur. Eh bien, je suis ce canard qui marche. Je suis les jambes, les membres qui s'agitent, pour aller où ? Je suis cette mécanique qui se lève et se couche depuis sept ans, sans tête. Une sorte de Frankenstein bien élevé... Je vis sans savoir pourquoi. Les gens qui pensent que les morts vont «là-haut» pourraient me donner des raisons, mais ça ne m'intéresse pas. Je ne cherche pas une réponse, je cherche une solution. Une issue. Il faut que je m'en sorte. Que je sorte de cette vie. Dans cette vie, à part ça, je suis fils d'employés de bureau dépressifs, classe sociale moyenne, j'ai dix-sept ans, j'habite un pavillon dans un quartier de Strasbourg qui s'appelle le Port-du-Rhin, et je prends le bus n° 32 chaque matin et chaque soir pour aller au lycée. Sauf ce mois-ci, parce que c'est les vacances. Alors j'ai acheté ce cahier et j'ai décidé d'écrire. Voir la suite

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  • Thierry Magnier Eds

  • Roman

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