• Lille aux mortes
Lille aux mortes

Lille aux mortes

«... La fille entra chez elle et une fenêtre s'illumina au premier étage quelques secondes plus tard, filtrée par un rid eau anis. La veille, l'examen des interphones avait informé Fischer que Déborah Patier vivait seule. A priori. Il y avait six noms sur les étiquettes et six fenêtres sur la façade étroite. Six petits logements de célibataires, avait supposé l'homme au manteau gris qui marauda dans la rue, l'air de rien, trois soirs consécutifs...» Un flic brasse vainement ses souvenirs. Il en oublierait presque son boulot. Pourtant, il va bien falloir s'y coller, car non loin de là, un homme semble décidé à venir à bout de son propre passé, par tous les moyens. Remonter le temps pour débusquer nos fantômes intimes et les anéantir un par un, afin qu'ils nous laissent vivre en paix... Il existe des méthodes subtiles pour ça. Mais Pierre Fischer semble l'ignorer, car les siennes sont radicales, un tantinet artistiques et ultra-violentes. Cyril Herry est né à Limoges en 1970 et vit dans la Creuse. Photographe et infographiste, il est auteur de nombreuses nouvelles parues dans des recueils collectifs et sur Internet. Lille aux mortes est son premier roman, l'histoire d'une traque dans les rues du Vieux-Lille sur les traces d'un homme qui essaie d'effacer son passé en assassinant les femmes qui l'ont connu. Extrait du livre : Assise sur une berge inclinée, les genoux au menton, la fille portait une tunique de coton noir à bretelles et regardait ailleurs. Brune, cheveux raides qui rebiquaient aux épaules, nez pointu, prunelles marron immenses et cils interminables. La peau claire, très claire. Juillet 1999 au verso, quelque part dans la Chaîne des Lacs. Les doigts s'approchèrent du corps en tremblant un peu et le saisirent délicatement pour le présenter à la lumière et y porter la flamme. La chaleur corna aussitôt l'angle du tirage noir et blanc, papier brillant, 13 x 18. Une guirlande de bulles caramel se mit à pétiller et à se déployer à mesure que la flamme mordait l'angle. En cramant, le papier argentique dégageait une fumée noire nauséabonde qui se ruait droit vers la fenêtre ouverte. Le feu s'en prit d'abord aux pieds joints, puis aux chevilles et aux jambes auxquelles les mains se tenaient. Les doigts glissèrent vers l'angle opposé pour éviter la flamme et les genoux y passèrent, ramollis, fondus. Les bras, les cuisses. Extrait du prologue Voir la suite

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  • Ravet Anceau

  • Polars En Nord, numéro 32